Entre souvenirs doux et réalité glaciale

Il fut un temps où ce lieu représentait leur bulle, leur bonheur simple. Chloé se revoit, il y a des années, plongeant dans l’eau glacée pour le défier, riant à gorge déployée. Il l’avait serrée fort, comme pour la réchauffer de l’intérieur. Aujourd’hui, l’atmosphère est toute autre. Les mots sont rares, et chaque phrase semble peser plus lourd que la précédente.
Quand Alexandre mentionne qu’il risque de neiger, Chloé se contente d’une question pratique : ont-ils bien pris les couvertures ? Il confirme, ajoute que la cabane est bien chauffée, glisse un timide « ça nous fera du bien. À nous ». Un mot, « nous », autrefois si réconfortant. Désormais, presque étranger.
Une route qui déraille
Puis vient ce moment inattendu. Au lieu de suivre le chemin familier, Alexandre bifurque brusquement sur un sentier peu engageant. « Ce n’est pas la bonne route », remarque Chloé. Il répond d’un ton neutre : « C’est un raccourci, moins de circulation. »
L’environnement devient plus dense, presque oppressant. Les arbres se referment autour d’eux comme un rideau. Et quand le GPS cesse de fonctionner, la tension monte d’un cran.
Chloé, pourtant discrète depuis le début, ne peut s’empêcher de réagir. Quelque chose ne tourne pas rond. La sensation d’être entraînée quelque part sans savoir où – ni pourquoi – l’envahit.
Quand la nature devient un miroir de l’âme
Il y a parfois des voyages qui, sous couvert d’évasion, nous forcent à affronter ce qu’on avait soigneusement mis de côté. Pour Chloé, chaque mètre parcouru sur ce chemin isolé ravive les douleurs passées. Pas seulement celles de son corps, mais aussi celles de son couple, de ce « nous » en suspens, de ces regards fuyants et de cette tendresse devenue silencieuse.
Et si ce trajet n’était pas qu’une route vers un lieu, mais un passage obligé vers une prise de conscience ? Ce sentier perdu pourrait bien devenir le théâtre d’un dénouement. Ou d’un nouveau départ.